Maurice de SAXE

Maurice de Saxe





(1696 - 1750)

Il passe à Hambourg sa première année, avant d'être présenté en 1698 à son père, devenu Auguste II de Pologne. Il est ensuite élevé à Berlin puis à Utrecht et La Haye. Il reçoit une éducation militaire : en 1709, il est confié au comte de Schulenburg, chargé de lui apprendre le métier des armes. La même année, il assiste à la campagne de Flandre comme enseigne dans le régiment de la Reine, sous les ordres de Frédéric de Württemberg. En 1711, reconnu par son père, il reçoit officiellement le titre de comte de Saxe, et son premier régiment, le Cuirassiers de Beust.

Le 20 décembre 1712, il participe à sa première bataille, à Gadebusch, contre les Suédois. Son régiment subit de lourdes pertes. Son régiment s'étant livré à des désordres lors de la retraite, il se voit contraint de marcher quatre jours en queue d'armée, avec les valets. Cette punition le marquera et inspirera ses principes de subordination : le chef ne doît connaître que ses immédiats subordonnés, qui eux-mêmes font de même, jusqu'aux sergents.

En 1716, la paix avec la Suède amène la dissolution de nombre de régiments, dont celui de Maurice. Celui-ci refuse d'être réformé et se plaint à son père, qui doit le menacer de l'enfermer à Königstein, qui faisait office de prison d'État. Maurice doit alors se retirer sur ses terres. En 1721, il demande et obtient la séparation d'avec sa femme. La même année, son père, qui le trouve trop remuant, l'envoie chercher du service en France.

Dès son arrivée en mai, Maurice reçoit le brevet de maréchal de camp. Il achète le régiment de Sparre-Infanterie, qui manque de le ruiner, et qu'il rebaptise Saxe-Infanterie. Le 26 juin 1726, avec l'appui d'Anna Ivanovna (future Anne de Russie), la duchesse douairière, il est élu duc de Courlande et de Sémigalle par la Diète de Mittau. Aussitôt, la Diète polonaise refuse de reconnaître le nouveau duc. La Diète courlandaise refuse ensuite à Maurice l'institution d'une armée permanente. Maurice est chassé par des troupes russes beaucoup trop nombreuses. En 1727, il rentre à Paris.

Il intègre l'armée du Nord-Est, menée par Berwick. Rapidement, il s'illustre par plusieurs coups d'éclat, et se lie au duc de Noailles. Le 1er août 1734, il est promu lieutenant général. La guerre s'enlise cependant, du fait du manque d'audace des vieux maréchaux français. En 1735, une paix est signée. Frédéric-Auguste est confirmé sur le trône, sous le nom d'Auguste III, tandis que Leszczynski reçoit le duché de Lorraine.

En 1740, Frédéric-Guillaume Ier de Prusse et l'Empereur Charles VI trouvent la mort. Ces deux décès bouleversent l'équilibre des puissances en Europe. Farouchement pro-saxon au début de la guerre, il court le risque de se battre contre les armées de son demi-frère. Il le presse vivement de s'allier au camp franco-prussien, et emporte finalement la décision du roi de Pologne. En août 1741, Maurice traverse le Rhin à la tête d'une division de cavalerie. C'est le début de la campagne de Bohême.

Enfin, Maurice de Saxe dirige l'armée française qui envahit les Pays-Bas autrichiens et la Hollande. Il réclame sur le front la présence de Sa Majesté qui selon lui, équivaut à un renfort de 50 000 hommes. Cette campagne est marquée par une succession ininterrompues de victoires.

Maurice de Saxe s'empare de surcroît de Bruxelles, ville qui n'avait jamais été prise par les français, ainsi que Maastricht, menaçant ainsi directement les Provinces-Unies. En un temps record (Maurice de Saxe a renoncé à l'usage du camp d'hiver pour faire campagne dès le mois de janvier), tous les Pays-Bas autrichiens, la Zélande et la principauté de Liège sont occupés par les troupes du roi Très Chrétien. Le roi le nomme alors général de l'infanterie légère, plus haute distinction militaire française qui n'avait été confiée seulement à Turenne et à Villars avant lui.

Enfin, le roi Louis XV fait annoncer lors des préliminaires de paix, "faire la paix en roi et non en marchand" et renonce à l'annexion des Pays-Bas autrichiens, au grand dam du maréchal de Saxe. Les troupes françaises évacuent le pays tandis que notre allié prussien réussit à conserver la Silésie. Les français s'étaient battus en vain.

Maurice de Saxe, fort de son prestige, contribua puissammant au re-mariage du dauphin Louis-Ferdinand avec sa propre nièce Marie-Josèphe de Saxe (1747).

Louis XV récompensa également le maréchal de Saxe de ses victoires militaires en le nommant gouverneur à vie de Chambord, en 1748. Le vieux château, qui avait déjà accueilli Stanislas Leszczyński, était à l'époque totalement passé de mode, glacial, incommode, et implanté sur un domaine giboyeux mais infesté de moustiques. Il était en outre délabré. C'était un cadeau empoisonné! De tempérament fougueux, le maréchal y organisa pourtant une vie princière et fantasque, entouré des soldats de trois régiments de cavalerie, passionné de chevaux et de chasse; il ordonna l'achèvement des écuries commencées par Jules Hardouin-Mansart pour y installer un haras royal. Il jouissait des droits de basse, moyenne et haute justice, et il fit pendre, dit-on, certains de ses soldats pour manquement à la discipline.

Il fit restaurer par l'architecte des Bâtiments du roi Jean-Baptiste Collet le théâtre du château où Molière avait joué. Malgré sa ferme volonté, il ne put obtenir que les Favart se rendent à son invitation au château, où il les aurait quasiment séquestrés.

Le maréchal de Saxe mourut à Chambord en 1750, victime d'une blessure mortelle dans un duel avec le prince de Conti, ou plus vraisemblablement emporté par les suites d'un rhume mal soigné. Ses neveux, l'un, François-Xavier de Saxe, frère de la Dauphine, hérita d'une partie des archives du maréchal, tandis que l'autre, le comte de Frise prit la succession en tant que gouverneur de Chambord, où il résida durant cinq ans.

Une cérémonie funèbre fut célébrée à Paris pour le maréchal de Saxe, mais le grand militaire, protestant, ne pouvait être inhumé dans la capitale. Son corps fut donc envoyé à Strasbourg pour être inhumé dans le chœur de l'église protestante Saint-Thomas. Louis XV commanda alors à Jean-Baptiste Pigalle un magnifique mausolée, élevé à partir de 1771.