LES PARACHUTAGES AMERICAINS DU JOUR J - Juin 1944

Pendant que les avions transportant les troupes britanniques foncent directement sur leus objectifs, les C/47 américains doivent faire un détour pour aborder les côtes normandes. Mais l'état-major a tout calculé afin que les largages anglais et américains soient le plus simultanés possibles.
La mission initiale des 2 divisions est double, d'une part tenir les voies d'accès à Utah Beach et d'autre part, interdire l'approche des zones de débarquement, notamment par le route nationale 13 reliant Caen à Cherbourg. Contrairement aux anglais qui arrivent par vagues, les paras américains sont largués en masse. Les 2 divisions sont ainsi larguées quasi simultanément pour établir un tapis de troupe. La réception de la 101ème est prévue sur 3 DZ, à l'ouest de Saint-Germain de Varreville, à l'ouest de Saint-Marie du Mont et à l'est de Saint-Côme du Mont. Il en va de même pour la 82ème qui disposera de 3 DZ, l'une au nord ouest de Sainte-Mère l'Eglise, les deux autres à l'Ouest de Merderet et de la voie ferrée de Carentan-Cherbourg.

Afin de faciliter les largages, des éclaireurs (pathfinders) sont largués précedemment mais comme pour les britanniques, leurs arrivées relèvent plus de la loterie que de la précision. A la 101° on ne compte que 38 éclaireurs sur 120 au bon endroit. Faute de balisage correct, les 6 600 parachutistes de la division se retrouve complétement éparpillé sur plus de 50 kilomètres. Un seul régiment tombe exactement à l'endroit prévu.
Il en va de même pour les paras de la 82°, seul le 505° régiment se réceptionne à peu prés précisement au nord-ouest de Sainte-Mère l'Eglise, non sans que 2 ou 3 largages aient lieu sur le village même, tout le monde se rappelle l'histoire du soldat Steele accroché au clocher de l'église dans le film "le jour le plus long".
Les paras se retrouvent perdus dans le bocage normand, à travers les marais, beaucoup s'y noient, d'autres mettront des heures pour revenir sur une terre ferme. Pour se regrouper, les américains utilisent l'écho d'un criquet, à un claquement doit répondre un double claquement pour la 101° et un mot de passe pour la 82°. La grande majorité des hommes se reconnaissent mais de temps en temps, il y a eu des corps à corps.

Avec la dispersion des largages, les compagnies se mélangent, les bataillons se confondent, même les divisions ont droit à la mixité. Des hommes de la 82° marchent avec ceux de la 101°. A l'aube, la 101° n'aura vraiment rassemblé que 1 100 hommes sur 6 600. Le matériel est lui aussi dispersé, la 82° en perd les deux tiers. Il en va de même pour le commandement. Les colonels se retrouvent sans ordonnance, les capitaines sans soldats, le général Ridgway patron de la 82° sera seul pendant plus d'une heure, son compère Taylor de la 101° aura autour de lui 4 soldats et une poignée d'officiers pendant plus d'une heure trente. Bref, le largage est loin d'être parfait.

Mais les paras connaissent leur mission, alors comme le dit le général Taylor aux quelques hommes autour de lui : "La guerre commence maintenant et ici, Messieurs !!!."
Des groupes de la 101° s'infiltrent jusqu'aux chaussées menant à Utah Beach. Les allemands de la 709° préfèrent ne pas les affronter et vont se terrer dans leurs casemates. La 82° multiplie les embuscades, l'une d'entre elle va même tuer le général allemand Falley qui commandait la 91° division aéroportée. Il s'est fait surprendre sur une route par les tirs des paras alors qu'il regagnait son PC. Les 2° et 3° bataillons du 505° régiment de la 82° occupent Sainte-Mère l'Eglise. A 4 heures du matin le drapeau américain flotte sur la mairie. Mais il faut tenir Sainte-Mère car c'est un point clé. Ce village permet de couvrir Utah Beach et d'isoler Cherbourg. Il faut donc que les paras américains tiennent. Les hommes du 504° régiment décident de barrer le Merderet et la voie ferrée.

Vers 4 heures du matin, la seconde vague de C/47 va apporter des jeeps, des pièces antichars et un hôpital de campagne. La plupart des planeurs se posent sans trop de casse mais celui qui transportait le général Pratt, adjoint de Taylor, heurte une haie. Le général Pratt est le premier officier général américain tué dans la bataille. Si pour la 101° tout se passe à peu prés correctement, il n'en va pas de même pour la 82°, les planeurs de la zone nord-ouest de Sainte-Mère l'Eglise est quasi catastophique. La majorité du matériel est détruite ou égarée, la division se retrouve sans véhicules, sans canons antichars, il y a juste quelques mitrailleuses et bazookas.

Pendant ce temps les allemands s'interrogent : que se passe-t-il exactement ? Les renseignements remontent mais ils sont fragmenaires, épars. Certes on signale des parachutages sur l'Orne et dans le Cotentin, mais s'agit-il d'aviateurs abattus, de mannequins, ou de vrais soldats venant du ciel. Vers 2 heures du matin, le général allemand Marcks, qui commande le 84° corps d'armée reçoit des précisions sur les parachutages autour de Ranville. Il prévient le PC de la VII° armée, puis on lui signale d'autres lachés de parachutistes, prés de Montebourg. Pemsel, chef d'état major de la VII° armée est persuadé qu'il s'agit du débarquement, Speidel, lui est plus sceptique. Blumentritt, chef d'état major de Von Rundstedt est lui aussi dans l'attente, car on lui a confirmé le l'existence de simples mannequins. Le flou est bien là et pourtant les radars allemands ont bien détecté la présence de navires dans la baie de Seine et il y a les bombardements aériens généralisé de Cherbourg à Dunkerque.
Sur le terrain il n'en va pas de même, les chefs de compagnies, bataillons connaissent l'importance des parachutages. Il y a des lignes téléphoniques coupées, des accrochages réguliers. Ils ont signalé tout cela mais ne veulent pas trop insister de peur de passer pour des alarmistes et des poltrons. Et puis il y a l'opération "Fortitude", celle-ci fausse les appréciations allemandes. Les échos radars laissent supposer l'arrivée d'une flotte importante dans le Channel... La conséquence de cette incertitude est le blocage de certaines unités.
Les 16 000 hommes de la XXI° Panzer Division patientent au sud de Caen. Ils auraient pu se rapraocher en profitant de la nuit. Mais non, aucun ordre de mouvement.

Le parachutage a eut lieu, les américains sont présents en France et la riposte est, pour l'instant, quasi nulle. L'intoxication de "Fortitude", la peur d'Hitler, et la panique dans les communications a donné le coup d'envoi du jour J.