BATAILLE DE LEMBERG - 1914

Lors du déclenchement des hostilités entre la Russie et l'Autriche-Hongrie, le commandant en chef autrichien, von Hötzendorf, se montra rapidement partisan d'une puissante offensive contre les forces russes. En cas d'offensive russe, les Autrichiens avaient la possibilité d'établir de fortes positions défensives le long de la chaîne des Carpates mais von Hötzendorf s'inquiétait fortement au sujet des immenses effectifs que la mobilisation russe pourrait bientôt jeter contre les frontières de l'empire des Habsbourg. Les Autrichiens estimèrent, qu'à la mi-août, leurs forces s'éléveraient à 30 divisions contre 31 du côté russe. Toujours selon les mêmes estimations, à la fin août, le rapport de forces serait de 39 divisions mobilisées du côté autrichien contre 52 du côté russe.
Si une attaque vers le Nord-Est se voyait couronnée de succès, une attaque allemande, provenant de Prusse et portée vers le Sud-Est, permettrait une jonction des deux forces à l'est de Varsovie et l'encerclement de nombreuses troupes russes. Si d'aventure l'Italie optait pour le camp allié, une victoire rapide de l'Autriche à l'Est lui permettrait d'éviter l'épreuve d'une guerre sur deux fronts.
De son côté, la Russie, ayant acquis la certitude que la mobilisation allemande se ferait essentiellement contre la France, opta également pour une offensive dans le secteur de Lemberg, sur un front de 320 km environ.

Dès le 15 août 1914, des patrouilles de reconnaissance autrichiennes pénétrèrent en territoire russe. Le 20, victime d'un excès de confiance, von Hötzendorf donna l'ordre de l'offensive générale alors, qu'à ce moment, 1.200.000 Russes faisaient face à ses troupes.
C'est dans la région de Krasnick , sur la gauche autrichienne, que se déroulèrent les premiers affrontements dès le 23 août. Forts d'une supériorité locale, les Autrichiens forçèrent les Russes à la retraite et parvinrent à 18 kilomètres de la ville de Lublin. Désireux de conforter son succès, von Hötzendorf commit l'erreur de prélever des forces de son aile droite afin de renforcer sa gauche. A l'issue de cette manoeuvre, la III ème armée autrichienne, défendant la droite du front, se vit, à son insu, sur le point d'entrer au contact des III ème et VIII ème armées russes qui la surpassaient dans une proportion de deux et demi contre un.


La III ème armée autrichienne,immédiatement déséquilibrée par l'attaque de la VIII ème armée russe de Broussilov, battit rapidement en retraite. Certains de ses éléments, pris de panique, s'enfuirent jusqu'à Lemberg, à 40 kilomètres de là.
Les Slaves de l'armée austro-hongroise montrèrent leur absence d'intérêt pour la cause des Habsbourg. La plupart d'entre eux se rendit rapidement aux Russes et livra bon nombre d'informations militaires importantes.
Heureusement pour les Autrichiens, les Russes surestimèrent la puissance des troupes placées devant eux dans le secteur de Lemberg et prirent 48 heures pour se reformer. Le Grand Duc Nicolas, cousin du Tsar et dirigeant suprême de l'armée russe jusqu'en septembre 1915, ordonna la reprise de l'offensive le 30 août mais, à cette date, les Autrichiens avaient pu se ressaisir.
Il n'empêche que l'attaque russe disloqua entièrement la droite autrichienne et provoqua le repli désordonné de ses unités vers l'Ouest. Le 3 septembre, Lemberg (Lwow), quatrième ville de l'empire des Habsbourg et centre de communication majeur, tomba aux mains des Russes.
Von Hötzendorf tenta alors de ramener des forces de son aile gauche vers sa droite mais sa manoeuvre échoua lamentablement car la VIII ème armée russe modifia son axe de progression vers le Nord-Ouest afin de contourner l'ensemble des forces autrichiennes. De plus, la droite russe avait reçu d'importants renforts ce qui rendit rapidement la position autrichienne intenable. Le 11 septembre 1914, von Hötzendorf dut se résoudre à ordonner une retraite générale sur la rivière San et les Autrichiens prirent le soin de faire couvrir leur retraite par des éléments slaves.

Les Autrichiens perdirent au moins 130.000 hommes, dont 64.000 prisonniers, lors de l'affaire de Lemberg.
Outre la perte de Lemberg, l'Autriche vit bientôt sa forteresse de Przemysl assiégée et la place se rendit, avec sa garnison de 120.000 hommes, en date du 22 mars 1915. Après une retraite effectuée vers la rivière San, von Hötzendorf dut se replier vars la rivière Dujanec, à 130 kilomètres plus à l'Ouest, abandonnant la totalité de la Galicie aux Russes. A cette date, même si la campagne avait coûté aux Russes des pertes de l'ordre de 250.000 hommes et une centaine de canons, les Autrichiens avaient perdu, sur une armée forte à l'origine d'un million d'hommes, plus de 350.000 soldats et de 300 pièces d'artillerie.
Pour les Russes, Lemberg fut une victoire majeure qui effaça en partie le désastre de Tannenberg.
Pour l'Autriche, Lemberg provoqua des séquelles irrémédiables. Le moral autrichien fut définitivement ébranlé et la cohésion des différentes nationalités composant l'armée impériale disparut.
Les Allemands, inquiets d'une possible offensive russe vers les mines de Silésie, durent prélever des renforts sur le front Ouest afin de soutenir leur allié défaillant. A l'Ouest comme à l'Est, l'espoir d'une victoire rapide s'était envolé.